Les autorités cambodgiennes ont confirmé l’arrestation et l’extradition vers la Chine de Chen Zhi, présenté comme l’un des principaux chefs de réseaux de cybercriminalité transnationaux en Asie. L’affaire illustre l’ampleur industrielle des escroqueries liées aux cryptomonnaies et les limites actuelles de la coopération judiciaire internationale.
Une arrestation coordonnée entre le Cambodge et la Chine
Chen Zhi, 38 ans, possédant les nationalités chinoise et cambodgienne, a été arrêté au Cambodge puis extradé vers la Chine à la demande de Pékin. Le ministère cambodgien de l’Intérieur a annoncé que sa nationalité cambodgienne avait été révoquée avant son transfert. Deux autres ressortissants chinois ont été interpellés lors de la même opération.
Les autorités n’ont pas détaillé publiquement les chefs d’accusation retenus contre lui en Chine, mais ont confirmé qu’il faisait désormais l’objet de mesures pénales obligatoires et que les enquêtes se poursuivaient.
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Le fondateur d’un conglomérat soupçonné d’être une façade criminelle
Chen Zhi est le fondateur et président du Prince Group, un conglomérat se présentant comme l’un des plus importants du Cambodge. Le groupe revendique des activités dans l’immobilier de luxe, la banque, l’hôtellerie et les grands projets d’infrastructure.
Selon les procureurs fédéraux américains, cet empire aurait en réalité servi de couverture à un vaste système de fraude et de blanchiment. Les autorités américaines estiment que les escroqueries aux cryptomonnaies opérées par ce réseau auraient généré jusqu’à 30 millions de dollars par jour à leur apogée.
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Des poursuites majeures aux États-Unis… désormais bloquées
Chen Zhi a été inculpé par contumace à New York pour association de malfaiteurs, blanchiment d’argent et fraude électronique. Dans ce cadre, le ministère américain de la Justice affirme avoir saisi environ 15 milliards de dollars en cryptomonnaies, qualifiant l’opération de plus importante confiscation de son histoire.
Depuis l’inculpation, plusieurs juridictions asiatiques, dont Singapour, la Thaïlande, Hong Kong et Taïwan, ont annoncé le gel ou la saisie de centaines de millions de dollars d’actifs liés au réseau.
Cependant, l’extradition vers la Chine rend désormais « hautement improbable » une comparution de Chen devant un tribunal américain à court terme. La Chine n’ayant pas de traité d’extradition avec les États-Unis, cette décision protège de facto le suspect de la juridiction américaine.
Une industrie mondiale de l’arnaque estimée à plusieurs dizaines de milliards
L’industrie mondiale des escroqueries en ligne, en grande partie concentrée en Asie du Sud-Est, est estimée entre 50 et 70 milliards de dollars par an. En 2023, les victimes américaines auraient perdu à elles seules au moins 10 milliards de dollars.
Ces réseaux reposent souvent sur des centres d’escroquerie lourdement gardés, où des centaines de milliers de personnes sont victimes de traite humaine ou contraintes de travailler. Elles sont forcées de mener des arnaques à l’investissement crypto ou des escroqueries sentimentales, connues sous le nom de « pig butchering ».
Travail forcé, corruption et blanchiment international
Selon les procureurs américains, Chen et ses associés auraient exploité au moins dix camps de travail forcé au Cambodge depuis 2015 afin d’alimenter leurs arnaques à l’investissement en cryptomonnaies, sous la menace de violences.
L’argent volé aurait transité via plus de 100 sociétés écrans réparties dans au moins 12 pays et territoires. Ces fonds auraient servi à acheter des œuvres d’art, des jets privés, des biens immobiliers de luxe et à verser des pots-de-vin à des responsables publics.
Un signal politique autant que judiciaire
Pour les analystes, l’arrestation de Chen Zhi reflète une pression internationale devenue difficilement évitable pour Phnom Penh. Elle permet au Cambodge de répondre aux critiques occidentales tout en s’alignant sur la volonté probable de Pékin de traiter cette affaire sensible hors des tribunaux américains.
Les autorités chinoises ont annoncé vouloir poursuivre l’ensemble des membres clés du réseau et traquer les fugitifs encore en liberté.
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Cette affaire montre que la cybercriminalité crypto a changé d’échelle. On ne parle plus de petits groupes isolés, mais de véritables empires criminels, mêlant travail forcé, corruption, finance internationale et actifs numériques.
L’extradition vers la Chine pose aussi une question centrale : la justice internationale est-elle capable de juger équitablement des réseaux aussi puissants lorsque les intérêts géopolitiques prennent le dessus ? Une chose est certaine : la blockchain n’est pas le problème en soi. Elle est devenue le miroir d’un crime organisé mondialisé, déjà bien implanté avant la crypto.
✍️ Article rédigé par DUC
📌 Source : CNN

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