Des cyber-espions nord-coréens, affiliés au tristement célèbre groupe Lazarus, ont réussi à créer de fausses entreprises aux États-Unis. Leur objectif : piéger des développeurs de cryptomonnaies en leur proposant de fausses offres d’emploi, dissimulant en réalité des logiciels malveillants sophistiqués.
Deux entreprises fictives au cœur d’une campagne de cyberespionnage
Selon l’enquête conjointe de Reuters et de Silent Push, les sociétés Blocknovas LLC et Softglide LLC, enregistrées respectivement au Nouveau-Mexique et à New York, servaient de paravent pour distribuer des malwares ciblant des développeurs crypto. Une troisième entité, Angeloper Agency, bien que non enregistrée officiellement aux États-Unis, est également citée dans cette campagne orchestrée depuis Pyongyang.
Ces entités auraient été créées via des profils falsifiés et des adresses postales fictives. L’adresse de Blocknovas, par exemple, renvoie à un terrain vague en Caroline du Sud, tandis que Softglide était enregistrée dans un modeste bureau des impôts à Buffalo.
Le groupe Lazarus en embuscade derrière les fausses offres d’emploi
Ces attaques ont été attribuées à un sous-groupe du groupe Lazarus, une entité rattachée au Bureau général de reconnaissance, l’agence de renseignement étrangère nord-coréenne. Le FBI, bien qu’il n’ait pas commenté directement les sociétés en question, a confirmé avoir saisi le domaine Blocknovas dans le cadre d’une action contre des cybercriminels nord-coréens.
L’avis de saisie mentionne que ce domaine servait à tromper les candidats à l’emploi en leur envoyant des liens contenant des malwares. Les objectifs étaient clairs : voler des cryptomonnaies, accéder aux identifiants de connexion et pénétrer les systèmes d’entreprises légitimes.
Une stratégie de long terme pour contourner les sanctions

Cette campagne illustre l’évolution de la stratégie cybernétique de la Corée du Nord. En plus des piratages de plateformes d’échange, le régime envoie aussi des travailleurs IT à l’étranger afin de générer des revenus pour financer son programme nucléaire.
La création d’entités juridiques aux États-Unis par un groupe rattaché à la Corée du Nord constitue une violation directe des sanctions américaines (OFAC) et onusiennes. Selon un expert du FBI, ces cyberopérations sont « l’une des menaces persistantes les plus avancées auxquelles font face les États-Unis ».
Des logiciels malveillants sur mesure pour le secteur crypto
Silent Push a identifié trois familles de malwares utilisées dans cette campagne. Ces logiciels permettent de :
- Voler des informations personnelles et financières
- Prendre le contrôle à distance d’ordinateurs
- Déployer d’autres malwares plus invasifs
Les victimes confirmées de Blocknovas ont été ciblées dès qu’elles répondaient à une fausse offre d’entretien. Une fois le lien cliqué, leur ordinateur était compromis.
Une faille réglementaire américaine exploitée par Pyongyang
Les enregistrements officiels des entreprises étaient conformes aux législations locales. Le bureau du secrétaire d’État du Nouveau-Mexique a admis qu’il n’avait aucun moyen de détecter un lien avec la Corée du Nord, tant que les documents soumis étaient valides.
Cette situation montre à quel point les procédures d’immatriculation aux États-Unis peuvent être exploitées par des acteurs malveillants étrangers.
Vers une intensification de la riposte américaine
Le FBI a déclaré qu’il continuerait à imposer des risques et des conséquences à tous les facilitateurs d’opérations cybernétiques nord-coréennes. Des actions judiciaires et techniques pourraient être engagées contre d’autres domaines, agents et structures associées à ces opérations.
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Cette affaire est une nouvelle démonstration de l’agilité stratégique de la Corée du Nord dans le cyberespace. Utiliser des sociétés américaines pour piéger les développeurs crypto depuis l’intérieur du système est non seulement audacieux, mais aussi redoutablement efficace.
Elle prouve que les menaces cyber ne viennent plus uniquement de l’extérieur : elles s’infiltrent désormais au cœur des systèmes juridiques occidentaux. Les développeurs, qu’ils soient indépendants ou salariés, doivent renforcer leur vigilance, notamment en vérifiant l’authenticité des offres d’emploi et des recruteurs.
Côté réglementaire, cette affaire souligne l’urgence de moderniser les processus d’immatriculation des entreprises aux États-Unis et ailleurs. Des contrôles plus stricts sur l’origine des fonds et les identités pourraient limiter ces infiltrations futures.
Enfin, dans l’écosystème crypto, il devient vital de mieux sécuriser les portefeuilles et d’isoler les outils de développement dans des environnements protégés. Ce type d’attaque risque de se multiplier dans les mois à venir.
BREF
Les cyber-opérations nord-coréennes ont franchi un cap. En s’ancrant dans le système juridique américain via de fausses sociétés, elles montrent une capacité d’adaptation impressionnante. Le secteur crypto, déjà sous tension, doit plus que jamais conjuguer innovation et sécurité pour ne pas tomber dans les pièges de ces nouveaux acteurs de la guerre numérique.
Les États-Unis sont prévenus : l’ennemi ne frappe plus seulement depuis l’extérieur, il parle anglais, possède un numéro fiscal et envoie des offres d’emploi… depuis New York ou le Nouveau-Mexique.
✍️ Rédigé par DUC
📌 Source : Lire l’article Reuters
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