Faille de Liquid Network ayant créé près de 4 000 L-BTC sans garantie

Liquid : comment une faille a créé 4 000 L-BTC sans garantie

Liquid Network confirme qu’une faille d’Elements a permis de créer près de 4 000 L-BTC sans bitcoins correspondants en réserve. Les responsables ont ensuite converti ces actifs en BTC.

L’incident s’est produit le 6 septembre 2026 au bloc Liquid 4 050 336. Il complète notre premier article concernant le retrait de 4 000 BTC.

Aucune clé privée n’a été compromise. La faille concernait la validation des transactions confidentielles dans le logiciel Elements, et non le protocole Bitcoin.

Un cache accepte une preuve invalide

Liquid utilise des transactions confidentielles pour masquer les montants. Des preuves cryptographiques, appelées « rangeproofs », garantissent que les valeurs cachées restent valides.

La vérification de ces preuves demande beaucoup de calculs. Elements utilise donc un cache pour éviter de contrôler plusieurs fois une preuve déjà validée.

Cependant, la clé utilisée par ce cache associait plusieurs champs sans indiquer clairement leur longueur. Deux ensembles différents pouvaient ainsi produire exactement la même suite d’octets.

Les attaquants ont d’abord préparé une transaction valide pour alimenter le cache. Ils ont ensuite présenté une transaction différente, mais produisant la même clé.

Le cache a reconnu une vérification antérieure et renvoyé un résultat positif. Elements n’a donc pas contrôlé entièrement la nouvelle preuve cryptographique.

Cette confusion a permis d’accepter une transaction normalement invalide. Elle a finalement créé des L-BTC sans bitcoins correspondants dans la réserve.

Près de 4 000 L-BTC convertis en bitcoins

L’analyse technique estime que l’incident a concerné environ 3 998,5 L-BTC. Leur valeur atteignait alors approximativement 318,7 millions de dollars.

Deux opérations de retrait ont porté sur 2,65138358 L-BTC et 3 996,01834922 L-BTC. Elles représentent ensemble 3 998,6697328 BTC.

Avant l’incident, la réserve de Liquid contenait environ 4 205 BTC. Après les retraits traités avant l’arrêt du réseau, son solde est tombé à 197 BTC.

Le rôle de SideSwap dans le retrait

Les responsables ont utilisé SideSwap pour transformer les L-BTC créés artificiellement en bitcoins. SideSwap appartient à la fédération Liquid et possède une autorisation de peg-out.

Un peg-out permet de convertir des L-BTC en BTC. Le système envoie alors les bitcoins vers une adresse autorisée sur le réseau principal.

Le nœud de SideSwap et les nœuds fonctionnaires de Liquid considéraient les L-BTC comme valides. Ils ont donc traité le retrait selon les règles prévues.

SideSwap a reçu les bitcoins sur son adresse autorisée. Le service les a ensuite transférés vers l’adresse indiquée par les responsables de l’exploitation.

Le mécanisme de retrait n’a donc pas été directement piraté. Cependant, il reposait sur une information erronée transmise par la validation des transactions.

3 400 BTC rendus, mais 598,5 BTC manquent

Les responsables se sont présentés comme des chercheurs en sécurité « white hats ». Cette déclaration reste la leur et ne constitue pas une qualification indépendante.

Le 7 septembre, ils ont restitué 3 400 BTC à la fédération Liquid. La transaction figure dans le bloc Bitcoin 965 950.

La transaction a reçu sa confirmation à 18 h 09 et 25 secondes, heure de Paris. Elle a également renvoyé 598,49955894 BTC vers l’adresse contrôlée par les exploitants.

Environ 598,5 BTC restent donc manquants. Cette somme représente 15 % du total concerné.

L’analyse technique présente cette part comme une récompense. Pourtant, Liquid la qualifie seulement de somme « restante » et poursuit les discussions.

Aucun accord public ne confirme donc, pour le moment, l’attribution des 598,5 BTC comme prime officielle.

Elements 23.3.4 corrige la faille

Blockstream a déployé un premier correctif sur les nœuds du pont le 7 septembre à 3 h 09, heure de Paris. Ce correctif empêchait une nouvelle exploitation identique.

La version d’urgence Elements 23.3.4 est sortie le 9 septembre à 5 h 14, heure de Paris. Elle renforce les clés du cache des rangeproofs.

La mise à jour ajoute également une option permettant de désactiver ce cache. Les opérateurs de nœuds Liquid doivent suivre les nouvelles instructions de mise à niveau.

Lors de notre vérification du 9 septembre à 7 h 23, le réseau n’avait pas encore repris. Le dernier bloc visible datait du 7 septembre à 6 h 49.

Les utilisateurs ne pouvaient donc toujours pas effectuer de transactions. Liquid indiquait qu’aucune mesure préventive particulière n’était nécessaire pour protéger leurs fonds.

Une incohérence dans l’horaire officiel

Le rapport officiel situe l’exploitation de la faille à 15 h 53 min 10 s UTC, dans le bloc Liquid 4 050 336. Cependant, l’horodatage de ce bloc indique 13 h 53 min 10 s UTC, soit 15 h 53 à Paris.

SideSwap indique avoir reçu les 4 000 L-BTC vers 14 h 05 UTC. La demande de retrait apparaît ensuite à 14 h 06 min 10 s UTC. L’horaire officiel placerait donc l’exploitation après cette opération.

L’horaire de 13 h 53 UTC paraît ainsi cohérent avec la chronologie. Cependant, l’origine exacte de ce décalage reste inconnue. Si j’ai mal interprété ces données, toute correction accompagnée d’une source vérifiable sera naturellement la bienvenue.

Plusieurs questions restent ouvertes

  • Les 598,5 BTC restants seront-ils intégralement restitués ?
  • Une récompense a-t-elle réellement été négociée avec les responsables ?
  • Comment Liquid restaurera-t-il une garantie exacte d’un BTC pour chaque L-BTC ?
  • Quand le réseau reprendra-t-il complètement ses opérations ?
  • Quelle transaction précise a servi à réamorcer le cache avant l’exploitation ?
  • Pourquoi les différents mécanismes de sécurité n’ont-ils pas arrêté la transaction invalide ?

Les autres actifs émis sur Liquid, notamment l’USDT, n’ont pas subi directement cette inflation. Cependant, leur utilisation reste impossible tant que le réseau demeure suspendu.

🔍 DUC, mon avis

Cette affaire ne révèle aucune faille du réseau Bitcoin. Elle montre les risques supplémentaires créés par une sidechain, son logiciel, son pont et sa fédération. Sur ce point, Liquid peut subir des problèmes comparables aux altcoins : davantage de fonctions signifie aussi davantage de surfaces d’attaque. La restitution de 3 400 BTC limite les dégâts, mais les 598,5 BTC restants ne doivent pas disparaître derrière l’étiquette pratique de « white hat ».

En Bref

Liquid a identifié le mécanisme principal et publié Elements 23.3.4. Cependant, le réseau doit encore reprendre, retrouver sa garantie complète et régler le sort des 598,5 BTC restants.

✍️ DUC
Sources : Liquid Network — rapport officiel · Elements — version 23.3.4 · Analyse technique de l’incident · Mempool.space — restitution de 3 400 BTC

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