La Chine continentale resserre encore son contrôle sur les actifs numériques : selon le Financial Times, plusieurs géants technologiques chinois, dont Ant Group (filiale d’Alibaba) et JD.com, ont suspendu leurs projets de lancement de stablecoins à Hong Kong après une intervention directe des régulateurs de Pékin. Une décision stratégique qui vise à protéger la souveraineté monétaire chinoise et à éviter toute concurrence avec la monnaie numérique d’État, l’e-CNY.
📖 Chine et Asie : vers des stablecoins en yuan et des investissements crypto
Une consigne directe venue de Pékin
D’après le Financial Times, les régulateurs chinois ont demandé aux principaux groupes technologiques de ne pas poursuivre leurs démarches de licence de stablecoin à Hong Kong. Ant Group et JD.com figuraient parmi les 77 entreprises ayant manifesté leur intérêt auprès de l’Autorité monétaire de Hong Kong (HKMA), dans le cadre du nouveau régime de licences destiné aux émetteurs de stablecoins.
Cette décision aurait été prise après des échanges à huis clos entre la Banque populaire de Chine (PBoC) et les autorités de cybersécurité chinoises. Pékin estime qu’autoriser des entreprises privées à émettre des monnaies numériques pourrait menacer la stabilité monétaire et porter atteinte à la stratégie de déploiement de l’e-CNY, la monnaie numérique officielle de la Chine.
💬 Les inquiétudes de la Banque populaire de Chine
Le gouverneur de la PBoC, Zhou Xiaochuan, a exprimé publiquement ses réserves lors d’un forum financier à huis clos fin août. Il a mis en garde contre les risques de “surémission” de stablecoins sans réserves intégrales et contre l’effet de levier potentiellement déstabilisateur que ces instruments pourraient générer sur les marchés financiers.
« Les banques centrales ont deux préoccupations majeures : l’émission excessive de stablecoins sans réserves à 100 %, et l’effet multiplicateur des produits dérivés générés après émission. Le contrôle reste largement insuffisant », a déclaré Zhou, citant les précédents du GENIUS Act américain et de l’ordonnance sur les stablecoins de Hong Kong.
Ces propos traduisent la crainte de la Chine de voir émerger un système parallèle où des stablecoins privés indexés sur le yuan viendraient concurrencer directement la monnaie numérique d’État, dont l’adoption reste timide malgré des campagnes nationales.
Hong Kong, laboratoire crypto sous surveillance
Hong Kong s’est positionné ces dernières années comme un “bac à sable réglementaire” pour les cryptomonnaies. Le territoire a ouvert ses portes aux acteurs de la blockchain, avec un cadre de licence clair pour les stablecoins, les plateformes d’échange et la tokenisation d’actifs réels. Mais cette autonomie réglementaire reste limitée : la Chine continentale garde un droit de regard sur les initiatives financières jugées sensibles.
Selon plusieurs sources proches du dossier, les régulateurs de Pékin ont également freiné le développement de projets de tokenisation d’actifs à Hong Kong, demandant à des courtiers de suspendre leurs plans et de cesser de publier des études favorables aux stablecoins.
⚖️ Une bataille entre innovation et contrôle
Cette intervention illustre la tension permanente entre innovation technologique et souveraineté monétaire au sein de la Chine. Pékin souhaite promouvoir l’adoption de technologies financières avancées, mais dans un cadre strictement centralisé. L’émission de stablecoins privés, surtout adossés au yuan, est perçue comme une atteinte directe à la stabilité du système financier national.
Les observateurs notent également que la PBoC cherche à éviter une répétition du scénario Libra/Diem, où une monnaie privée mondiale aurait pu saper la politique monétaire des États. Le développement de l’e-CNY reste donc une priorité absolue — et toute concurrence potentielle est neutralisée en amont.
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Cette décision confirme une constante de la politique chinoise : l’innovation ne doit jamais échapper au contrôle de l’État. L’interdiction faite à Ant Group et JD.com de lancer des stablecoins à Hong Kong n’est pas seulement un geste de prudence financière — c’est une affirmation idéologique. Pékin ne veut pas d’un “yuan privé”, même adossé à la blockchain, car il pourrait concurrencer l’e-CNY et miner le pouvoir du Parti sur la monnaie.
Mais cette stratégie a un prix : elle freine l’expérimentation et l’attractivité de Hong Kong comme hub crypto mondial. Alors que Singapour, Dubaï ou Londres avancent sur la tokenisation et les stablecoins réglementés, la Chine prend le risque de rester à la traîne sur le terrain de l’innovation monétaire — un paradoxe pour la deuxième économie du monde.
Pour le monde du Bitcoin, cette actualité rappelle que la vraie souveraineté financière ne se décrète pas : elle s’exerce. Et qu’aucune autorité, même la plus puissante, ne peut “interdire” un protocole libre et ouvert.
✍️ Rédigé par DUC
📌 Source : Financial Times

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