La tokenisation gagne la finance, les paiements et l’intelligence artificielle, mais le mot recouvre des mécanismes différents. Dans une analyse publiée le 19 octobre 2026, Romain Liquard, responsable Domaines Industrie et Services au Crédit Agricole, décrit le rapprochement de ces infrastructures. Son point central : leurs opérateurs commencent à intervenir dans des activités communes.
Ce rapprochement mérite une explication. Un token de carte bancaire protège des données de paiement. Un actif tokenisé représente des droits financiers. Un token d’IA sert au traitement de l’information. Le même mot ne leur donne ni la même fonction, ni les mêmes garanties.
Trois usages du mot « token » à distinguer
| Domaine | Fonction du token | Ce qu’il faut vérifier |
|---|---|---|
| Carte bancaire | Remplacer des données sensibles par un identifiant | Autorisations et sécurité du paiement |
| Finance sur blockchain | Représenter un actif, un dépôt ou un droit | Émetteur, droits, remboursement et règlement |
| Intelligence artificielle | Découper et traiter l’information ; mesurer certains usages | Modèle, consommation et tarification |
La tokenisation d’une carte n’implique pas nécessairement une blockchain. De même, les unités traitées par un modèle de langage ne deviennent pas des titres financiers. La convergence concerne les services et leurs infrastructures, plutôt qu’une transformation de tous ces tokens en une monnaie unique.
Les paiements utilisent des tokens depuis longtemps
Visa a lancé son service de tokenisation en 2014. Le dispositif remplace les informations sensibles d’une carte par un identifiant utilisable pour payer. En 2024, le réseau annonçait avoir émis plus de 10 milliards de tokens dans le monde. Il signalait aussi avoir dépassé les 100 millions en France cette année-là.
Ces chiffres décrivent un déploiement historique du service de paiement. Ils ne mesurent ni le nombre de cryptomonnaies créées, ni la valeur d’actifs financiers sur blockchain. Les comparer directement à la capitalisation d’un marché crypto n’aurait donc pas de sens.
En finance, le jeton porte une relation juridique
Un actif financier tokenisé peut représenter une obligation, un dépôt bancaire ou d’autres droits. L’enregistrement numérique ne suffit pas : il faut savoir qui doit quoi au détenteur et dans quelles conditions. La technologie peut automatiser certaines opérations sans faire disparaître l’émetteur ou les intermédiaires.
La Banque des règlements internationaux défendait en juin 2025 un registre réunissant réserves de banque centrale, dépôts bancaires et obligations publiques tokenisés. En juin 2026, elle rappelait l’importance de conserver la confiance dans la monnaie. Cette approche vise à articuler innovation et fonctionnement du système bancaire.
Un exemple récent figure dans notre article sur l’arrivée de JPM Coin sur Ethereum. Le jeton représente un dépôt bancaire, avec un accès institutionnel contrôlé. Son utilisation d’une blockchain publique ne le transforme pas en actif sans émetteur.
L’IA rapproche traitement de l’information et paiement
Les modèles de langage utilisent des tokens pour traiter leurs entrées et produire leurs réponses. Ces unités peuvent aussi servir à facturer une consommation. Le coût du calcul devient alors une dépense que les entreprises doivent mesurer et maîtriser.
Les protocoles de connexion et de paiement remplissent des fonctions complémentaires. Anthropic a présenté MCP le 25 novembre 2024 pour relier des assistants à des outils et sources de données. Coinbase a lancé x402 le 6 mai 2025 pour intégrer des paiements en stablecoins aux échanges sur le web.
Prenons un exemple pédagogique : un logiciel recherche une donnée, obtient l’autorisation de l’acheter, règle le service, puis exploite sa réponse. Plusieurs infrastructures peuvent participer à ce parcours. Cela ne signifie pas que tous les achats d’agents utilisent une blockchain, ni que MCP constitue à lui seul un moyen de paiement.
L’automatisation ne supprime pas les questions de contrôle
Romain Liquard souligne que le rapprochement de ces systèmes peut faire apparaître de nouveaux intermédiaires. C’est une piste d’analyse, pas la preuve d’une disparition des banques. Les fonctions d’identification, d’autorisation, de facturation et de règlement conservent leur importance.
Pour évaluer un service, quatre questions restent concrètes : quel droit représente le token, qui le contrôle, comment s’effectue le règlement et qui répond d’un incident ? Une exécution rapide ne règle pas automatiquement les questions de liquidité, de conformité ou de responsabilité.
🔍 DUC, mon avis
Je retiens une transformation des infrastructures, avec des modèles économiques encore très différents. Le mot « token » crée parfois une impression d’unité que la technique ne confirme pas. Pour comprendre ce qui change, je regarde les droits et les dépendances derrière l’interface. Le jeton devient plus utile quand on sait précisément ce qu’il représente.
✍️ DUC
📌 Sources : Analyse de Romain Liquard, Crédit Agricole — Visa : bilan des tokens en 2024 — Visa : 100 millions de tokens en France — BRI : tokenisation et confiance monétaire — BRI : registre unifié, juin 2025 — Annonce de MCP — Annonce de x402
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