Michael Saylor souhaite que les banques puissent conserver du bitcoin et accorder des crédits garantis par cet actif. Il imagine que deux ou trois grands établissements pourraient créer jusqu’à 100 milliards de dollars de crédit en douze mois. Ce montant n’est toutefois ni un programme annoncé ni un engagement bancaire : il s’agit de son scénario.
100 milliards de dollars pour absorber dix ans d’offre ?
Lors d’un entretien consacré à la monnaie des agents d’intelligence artificielle, le président exécutif de Strategy a présenté son raisonnement. Selon lui, 10 milliards de dollars de crédit bancaire adossé au bitcoin pourraient absorber environ une année de nouvelle offre. Cent milliards représenteraient donc, dans sa comparaison, dix années de production.
Saylor affirme qu’un tel afflux pourrait doubler ou tripler le prix du bitcoin et faire progresser l’industrie vers 10 000 milliards de dollars. Ces chiffres constituent une projection personnelle. Aucun établissement cité n’a annoncé une enveloppe de 100 milliards de dollars destinée à ces prêts.
La formule des « dix années de production » doit également rester prudente. Le nombre de nouveaux bitcoins diminue à chaque halving et la quantité qu’une somme peut acheter dépend directement du prix. Il ne s’agit donc pas d’une équivalence fixe entre dollars et BTC.
Saylor veut faire entrer Bitcoin dans les banques
Son objectif dépasse l’achat de bitcoins par les banques. Saylor demande des règles permettant aux établissements de conserver les BTC de leurs clients, de prêter contre cette garantie et, séparément, de détenir une exposition pour leur propre compte.
Cette distinction est importante. La conservation pour un client, le crédit garanti et l’investissement au bilan n’engagent pas les mêmes risques. Saylor critique notamment le traitement prudentiel de certaines expositions crypto du groupe 2b, auxquelles le cadre de Bâle peut appliquer une pondération de risque de 1 250 %.
Cette règle ne signifie pas que chaque service Bitcoin d’une banque exige automatiquement ce niveau de capital. Saylor l’utilise comme exemple d’un cadre qu’il juge trop pénalisant et demande aux régulateurs d’évaluer chaque activité selon son risque réel.
Un crédit adossé au bitcoin n’est pas un achat de BTC
Dans ce modèle, un détenteur dépose ses bitcoins en garantie et reçoit des dollars sans vendre immédiatement ses BTC. La banque gagne des intérêts et l’emprunteur conserve son exposition au cours. Les fonds pourraient financer une entreprise, un investissement ou une dépense importante.
Le mécanisme rejoint une tendance déjà visible : les prêts garantis par bitcoin financent désormais des études et des entreprises. L’arrivée de banques traditionnelles pourrait élargir cette activité, renforcer la concurrence et réduire certains coûts.
Elle ne supprimerait pourtant pas le risque. Une forte baisse du bitcoin peut déclencher un appel de garantie ou une liquidation. L’emprunteur ajoute donc une dette, un contrat et un risque de contrepartie à un actif qui, en auto-conservation, n’en comporte pas.
Pourquoi cette idée intéresse Strategy
Strategy a construit une partie de son modèle autour de Bitcoin et du « crédit numérique ». Une intégration bancaire plus large augmenterait les possibilités de financement offertes aux détenteurs de BTC et pourrait soutenir la demande pour un actif dont l’offre reste limitée.
Cela ne signifie pas que Strategy recevra directement ces 100 milliards de dollars. Saylor défend ici un changement de marché et de réglementation au bénéfice de l’ensemble du secteur. Son entreprise pourrait en profiter, mais elle n’est pas présentée comme l’unique bénéficiaire.
🔍 DUC, mon avis
L’utilisation du bitcoin comme garantie bancaire serait une étape majeure de son intégration financière. Elle permettrait d’obtenir des liquidités sans vendre, tout en obligeant les banques à distinguer clairement conservation, crédit et investissement.
Mais le scénario de 100 milliards de dollars ressemble davantage à une démonstration de puissance qu’à un plan concret. Plus de crédit peut soutenir la demande ; il peut aussi multiplier le levier et les liquidations lors d’une chute. Ne pas vendre ses bitcoins ne doit jamais devenir une excuse pour s’endetter sans limite.
En bref
Michael Saylor veut transformer Bitcoin en garantie bancaire courante. Son scénario de 100 milliards de dollars illustre l’effet possible du crédit sur une offre limitée, mais aucune banque n’a encore signé le chèque. Le coffre est prêt dans son discours ; les banquiers, eux, gardent encore la combinaison.
✍️ DUC
📌 Sources : Michael Saylor · Wu Blockchain · TokenPost
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