Une analyse onchain de 2,9 millions de comptes Polymarket révèle que 69,2 % des traders particuliers terminent sous leur seuil de rentabilité. Leur perte cumulée atteint 338,9 millions de dollars. L’étude publiée par Galaxy montre également que les comptes automatisés concentrent une part considérable de l’activité et obtiennent des résultats très différents.
Polymarket : 69,2 % des comptes étudiés terminent en perte
Galaxy a étudié l’historique public des transactions réglées sur la plateforme internationale de Polymarket. Sur les 2,9 millions de comptes considérés comme des utilisateurs opérant à un rythme humain, plus de deux sur trois affichent un résultat négatif. La perte médiane reste faible, autour de 3 dollars, et la moitié des comptes se situe entre une perte de 36,64 dollars et un gain de 0,40 dollar.
Cette médiane masque cependant une forte concentration des résultats aux extrêmes. Le premier centile perd environ 4 804 dollars, tandis que le dernier gagne près de 3 381 dollars. La majorité des utilisateurs abandonne donc des montants modestes, mais une minorité supporte des pertes beaucoup plus importantes.
Les comptes automatisés captent une grande partie de l’activité
Pour séparer les comportements humains des stratégies automatisées, Galaxy exclut les comptes dépassant 50 ordres par journée active. Ce filtre retire 125 429 adresses, soit seulement 4,1 % de l’ensemble. Pourtant, ces comptes représentent 80,8 % des ordres et 41 % du volume notionnel observé.
Le résultat financier contraste fortement avec celui des autres participants. Les comptes classés comme automatisés affichent un gain cumulé de 246,8 millions de dollars. Ce montant ne compense pas directement les pertes des particuliers, notamment parce qu’une partie des positions demeure non résolue et que l’étude ne considère pas chaque adresse comme la contrepartie unique d’une autre.
Après une perte, les traders quittent plus souvent la plateforme
Une perte semble accélérer le départ des utilisateurs. Dans les 30 jours suivant une position perdante, 15,2 % des comptes n’ont pas repris d’activité, contre 6,1 % après une victoire. Un compte perdant paraît ainsi environ 2,5 fois plus susceptible de cesser de trader à court terme.
Cette observation doit rester prudente. Polymarket identifie les participants par leurs adresses publiques, mais une même personne peut contrôler plusieurs portefeuilles. Un compte apparemment abandonné peut donc avoir été remplacé par une nouvelle adresse sans que l’étude puisse établir le lien.
La spécialisation n’aide que dans certains domaines
L’étude définit un spécialiste comme un trader consacrant plus de 60 % de son activité à un seul thème, sur au moins cinq marchés catégorisés. Selon cette méthode, 44,1 % des comptes sont spécialisés. Dans l’ensemble, 28,1 % de ces spécialistes sont rentables, contre 30,4 % des généralistes.
- les spécialistes du sport affichent le taux de rentabilité le plus faible, à 25,1 % ;
- les spécialistes de la finance atteignent 36,8 % de comptes rentables ;
- la technologie et les sciences culminent à 41,2 %, sur un échantillon toutefois plus réduit.
La concentration ne suffit donc pas à créer un avantage. Elle semble surtout utile lorsqu’un participant possède une véritable expertise sur le sujet traité. Galaxy évoque aussi la possibilité d’informations privilégiées dans certains cas, sans démontrer qu’elles expliquent les performances observées.
Ce que cette étude ne permet pas d’affirmer
Le seuil de 50 ordres par journée active reste un choix méthodologique, et non une frontière certaine entre un humain et un robot. Un trader manuel très actif peut être classé parmi les comptes automatisés, tandis qu’un programme peu fréquent peut rester dans la population dite particulière. Les adresses ne correspondent pas non plus forcément à des personnes distinctes.
Enfin, les résultats concernent la plateforme internationale de Polymarket, distincte de son application américaine. Ils couvrent l’historique du service, y compris des périodes antérieures à l’introduction de certains frais. L’analyse décrit donc une population et une période précises ; elle ne garantit pas que les mêmes proportions se répéteront.
Cette transparence onchain marque néanmoins une différence importante avec les plateformes dont les contreparties restent opaques. Notre article sur les accusations concernant les volumes de Kalshi montrait justement la difficulté de vérifier certaines opérations depuis l’extérieur.
🔍 DUC, mon avis
Ces chiffres rappellent que prévoir correctement un événement ne suffit pas toujours pour gagner durablement. Il faut aussi acheter au bon prix, mesurer le risque, supporter les frais et affronter des acteurs automatisés capables d’exploiter rapidement les écarts.
Polymarket peut produire une information utile pour ceux qui observent ses probabilités sans trader. En revanche, la perte de 69,2 % des comptes étudiés invite à ne pas confondre marché de prédiction et placement. La transparence de la blockchain permet ici de voir le résultat : la foule peut améliorer la prévision collective tout en perdant individuellement de l’argent.
En bref
- 69,2 % des 2,9 millions de comptes étudiés terminent en perte.
- La perte cumulée de cette population atteint 338,9 millions de dollars.
- Les comptes automatisés représentent 4,1 % des adresses, mais 80,8 % des ordres.
- Après une perte, 15,2 % des comptes ne retradent pas dans les 30 jours.
- Les adresses ne correspondent pas nécessairement à des personnes uniques.
Source
Galaxy Research — Analyse onchain de 2,9 millions de comptes Polymarket
✍️ DUC
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